Venom : « Moi…Un parasite ?! » 1/2

Venom à Eddie Brock : « Je suis Venom et tu m’appartiens. […]. Ecoutes attentivement Eddie : vous ne nous avez pas trouvé, nous vous avons trouvé. Considères-toi comme mon taxi. […] Coopères et avec un peu de chance, tu survivras. Ça, c’est le contrat. »

Même si les Klyntars et leurs descendants (Venom, Carnage, Agony, Scream, Riot, Toxin…) sont souvent qualifiés de symbiotes et, malgré leur susceptibilité et leur mauvais caractère, il faut reconnaitre qu’on peut se poser la question.

Même si symbiote et parasite partagent quelques similitudes, pour un but identique, leur « façon de faire » est très différente. Si l’on doit schématiser un peu :

  • Les parasites sont comme de gros capitalistes américains genre Monsanto… Euh, disons des êtres vivants uni ou pluricellulaire qui ont besoin impérativement d’un hôte pour pouvoir vivre et se reproduire. Aux dépends de ce même hôte : qu’il survive ou pas, importe peu au parasite tant qu’il a pu se reproduire et assurer la perpétuation de l’espèce. Efficace mais très égoïste ;
  • Les symbiotes misent plutôt sur la coopération durable et vitale inter-espèces, l’intelligence collective dans une association gagnant-gagnant. Classiquement le symbiote le plus grand devient l’hôte et héberge et/ou nourris le plus petit, qui lui à son tour lui rendra quelques « petits services ». Même si l’association n’est pas toujours parfaite, les 2 organismes en retirent les mêmes bénéfices (perpétuation de l’espèce) et partagent les inconvénients. Deux espèces un peu moyennes sur l’échelle de la sélection naturelle individuellement, peuvent devenir très performantes en symbiose.

Pour illustrer le propos, et puisqu’ici on parle alimentation, j’ai choisi un parasite commun, petit mais presque aussi fort que Venom (pas en bagarre mais en manipulation de son hôte). Que l’on peut croiser sous nos latitudes, pas la peine d’aller les chercher à l’autre bout du globe, ni même dans l’espace (message perso à Carlton Drake) !

Toxoplasma gondii alias le machiavel de la parasito.

Petit, puisqu’unicellulaire, mais très puissant. On le retrouve dans de nombreux aliments : fruits et légumes au contact de la terre souillée par des excréments de félin et mal lavés (ce n’est pas pour rien qu’on utilise de toute petite quantité d’eau de javel diluée en rinçage des végétaux en restau collective !) ou en consommant de la viande mal cuite (agneau, mouton, porc, bœuf ou gibier comme le chevreuil) déjà infestés (hôte intermédiaire) ou du lait non pasteurisé contaminé par le parasite. Et ça marche aussi avec des mains souillées (terre, jardinage, manipulation de viandes crues…ou litière du chat !) non lavées avant de préparer le repas ou de manger (vous comprenez maintenant pourquoi vos parents vous ont harcelé avec le lavage des mains avant les repas ??).

Le parasite, ingéré sous formes sporozoïtes (des « œufs » de parasites), passe au stade tachyzoïte chez l’hôte intermédiaire (mouton, agneau, bœuf, chevreuil, mais aussi souris, rat, singes et Homme) : en gros, il se multiplie en nombre grâce à la machinerie cellulaire de son hôte. C’est là, qu’après 5 à 20 jours d’incubation se déclenche la toxoplasmose : douleurs musculaires, fièvre, mal de gorge, maux de tête, fatigue, adénopathies (gonflement des ganglions lymphatiques). Rien de très spectaculaire : ça ressemble à une petite grippe ou un gros rhume sans signes de gravité particulier uniquement dans 20% des cas, et passe même totalement inaperçue chez la plupart des individus infestés (notamment durant l’enfance). Mais gravissime pour les femmes enceintes non immunisés et leur enfant à naitre : en fonction du stade du développement du fœtus à laquelle l’infestation se produit, d’aucunes conséquences décelables à la naissance, en passant par des troubles neurologiques plus ou moins sévères ou oculaires (cécité) jusqu’ à la fausse couche/ mort in utéro.

Puis phase suivante : le parasite passe au stade bradyzoïte soit des kystes contenant chacun des milliers de parasites immatures bien au chaud à l’intérieur de cellules du cerveau, des yeux, du cœur ou des muscles maintenus sous contrôle du système immunitaire de l’hôte. En attendant d’être ingéré par son hôte définitif, où il pourra accéder enfin à la reproduction sexuée : les félins (du chat de la grand-mère au lion de la savane, en passant par les lynx, jaguars, tigres et autre chat potté). Comme il est assez rare de se faire bouffer par son chat d’appartement, le parasite se trouve chez l’homme dans une impasse parasitaire : les kystes cellulaires restent présents toute la vie de l’hôte sans pouvoir accéder à leur stade ultime de développement, bien drivé par le système immunitaire de l’hôte, immunisé à vie… sauf s’il se retrouve en immunodépression (VIH/sida, corticothérapie à forte dose, patients greffés, chimiothérapie…). Là, le toxoplasme ressurgit depuis les kystes cellulaires et vont infestés et détruire d’autres cellules avec des séquelles lourdes : abcès cérébraux, encéphalites, atteinte du muscle cardiaque ou de la rétine menant à la cécité.

Mais la force de ce parasite réside ailleurs : c’est un grand manipulateur ! Il serait en capacité de modifier le comportement de son hôte (je prends des pincettes et le conditionnel car ce n’est pas encore bien établi chez l’humain). Ce qui a été observé chez les rongeurs (rat notamment) infestés par le toxoplasme : c’est une attirance particulière pour l’odeur de l’urine de chat et l’annulation du comportement de peur et de fuite que le rongeur devrait avoir face à la proximité de son prédateur, allant même jusqu’à une forme d’excitation sexuelle.

Autrement dit, le parasite pousse son hôte intermédiaire directement dans la gueule du loup… Enfin du chat, son hôte définitif ! Même comportement observé chez des chimpanzés infestés qui ne fuient plus l’odeur du pipi de léopard. Alors chez l’humain les choses sont un petit peu plus complexes, même si ce parasite a été associé au stéréotype de « la vieille fille à chat », qui serait autant attachée à ses matous que par le seul pouvoir du toxoplasme (peut-être lui doit on le succès des vidéos de chat sur le net ??)

Puisque la présence du parasite est importante (20% de la population est infestée en Asie, jusqu’à 50% en Europe du sud et 70% Europe de l’ouest), des études de populations ont été faites pour rapprocher certains comportements à la présence du toxoplasme dans l’organisme : plus d’impulsivité, augmentation du temps de réaction, plus sujet aux accident de voitures et aux conduites à risques (pas que automobile, mais genre escalader la tour Eiffel à mains nues, danser sur la rambarde d’un pont un soir d’orage ou faire du wingsuit… vous voyez le genre ?), risque suicidaire plus élevé… Il aurait même le pouvoir de nous rendre plus symétrique et donc plus attirant et sexy (même si le toxoplasme n’est pas sexuellement transmissible, il doit être dans son intérêt que vous soyez en couple !).

Concernant Venom, est-ce qu’on peut vraiment le réduire à un simple ver solitaire un peu bruyant, encombrant avec un penchant pour la bagarre ?

Il y a des créatures pour lesquelles la question se pose à peine. La « bestiole » métamorphe de The Thing est clairement un parasite. De même que le xénomorphe d’Alien qui a impérativement besoin d’un hôte pour passer du stade du facehugger à celui du chestburster. Dans Stranger Things, Le Flagelleur mental est aussi clairement qualifié de parasite, même s’il infeste essentiellement l’esprit de ses hôtes, pour en faire des esclaves bien dociles. Même si Venom a certaines similitudes avec les parasites (son besoin impératif d’un hôte pour vivre sur Terre, son gout prononcé pour les abats…), il a aussi quelques différences notables. Donc serait-il réellement un symbiote ?

…To be continued…

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